Reparer les vivants- Maylis de Kerangal

Apres Naissance d’un pont, dont l’article se trouve ici, j’ai ete captivee par l’ecriture de ce roman. A lire de toute urgence.

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« Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. » Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

299 pages

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Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont

Oui, elle m’a tuee ! Son style, avec des phrases, riches et denses pouvant s’elargir sur une page entiere, m’a tuee. Le talent de faire vibrer le lecteur au son des ambiances, au fumet des odeurs, du transport des scenes, ce talent-la est une reelle decouverte. Chaque page se laisse infuser, chaque idee est une representation qui s’explicite instantanement au lecteur, comme en parlait si bien Christine Angot en relatant son travail d’ecriture.
Nous sommes compagnons des histoires que nous rencontrons sous sa plume.

Son style n’est pas qu’erudition. Elle connait tous les recoins sombres de la langue francaise, certes, mais elle se l’approprie comme si elle en etait la muse.
Je le repete : elle est une decouverte, une autre langue, elle est langage. Cette auteure est en passe de devenir ma favorite. Je suis humble et terrassee…

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Prix MEDICIS 2010

320 pages

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Echevelee

Dissimulee, elle s’efface doucement de cette journee sordide. Encore un labeur qu’elle n’a pas su honorer. Une odeur, presente et insistante, lui pique le nez. Une sensation chimique, petrochimique. Elle se gratte le nez. Elle tousse. Impossible de se detendre ou de trouver le sommeil. Pourtant, Eleanore a plutot le sommeil rapide, la chute des paupieres brutale, mais ce soir rien ne tombe, elle reste les yeux ecarquilles. Le Whiskey ne l’a meme pas sevree de sa nervosite, ni meme les raviolis en boite qu’elle a savoures. Cela fait une heure qu’elle se sent tanguer, avec ce bruit curieux au fond de la tete. Son demi-sommeil rend difficile l’inspection de son environnement. Mais elle se sent ballottee, et cette odeur entetante, un parfum d’essence. Tout mouvement semble impossible.

La voiture s’arrete, un inconnu ouvre le capot du coffre. Elle est baillonnee.

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Elle court…

Elle a couru. Elle court. Dix-sept minutes a courir. De plus en plus vite. Elle sent l’echo de son coeur, dans ses bras, jusque dans ses tempes. C’est un echo inquietant, car elle n’a pas d’horloger sous la main au cas ou la mecanique la lacherait. Mais elle ne peut pas s’arreter de courir, elle attend que ses jambes flanchent. Courir tous les dix ans laisse le corps oublier, car elle ne fait que marcher, tous les jours, dans les rues, dans la pharmacie ou elle conseille et sert de medecin-sorciere.
Mais ce soir, il pleut. Elle court pour oublier, pour ne plus entendre. L’horreur lui a donne des ailes pour courir, concourir contre le temps et revenir il y a deux heures. Mais epuisee, maintenant elle le sait. Pour toujours, sa mere l’a quittee. La voila orpheline. Il n’y a pas de combat contre ca, il faut encaisser, mourir ou courir…

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Soleil crepusculaire en Armenie

Le soleil s’est traine, mal reveille, depuis les Indes et la Perse, aux portes de ce pays que j’habite. Il est d’abord venu me chatouiller au creux de mon lit, marquant sur ma peau de grands effets dores. Sur la veranda, il a gentiment eclaire mes yeux sans les bruler, image du lointain pourtant si proche. Mais ce secret sera divulgue dans plusieurs minutes, quand la ville entiere aura eu connaissance du reveil de mon ami Soleil, et je serai alors forcee de le partager… Continue ta route jusqu’en France et envoie-leur mes baisers.

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Le chateau, Franz Kafka

Je n’avais lu que La metamorphose de cet auteur, et pourtant je ne saisissais pas bien l’expression « situation purement kafkaienne »… Mon frere, me l’ayant rachete et adjoint Le chateau, j’ai pu deglutir ce roman inedit et enfin comprendre cette expression et cet adjectif « kafkaien ».
En effet, le roman nous emmene dans une tracasserie administrative digne d’une piece de theatre. Les elements jouent contre lui, la neige le freine et il parcourt quelques metres en quelques heures dans les rues de cet etrange village, au pied du chateau, siege de l’administration. Cette administration a d’ailleurs lobotomise la population qui ne se pose pas les bonnes questions et tourne en rond, c’est un vrai labyrinthe mental. Et pour tout dire, j’ai eu l’impression de lire le livre qui a inspire la serie TV « Le prisonnier »… !
Ne ratez pas cet univers loufoque, ne passez pas a cote de ces imbriglios, ne vous detournez pas d’une oeuvre unique en son genre !

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« K. cherche à rencontrer son employeur afin de prendre ses fonctions. Quoi de plus courant ? A l’image de cette motivation, le langage de Kafka est simple et sobre, contrairement aux péripéties engendrées par ce désir pourtant banal, mais dont la réalisation dépend du château. Cet édifice surplombe le village et en abrite toute l’administration. Trônant sur le destin de tous les habitants, il est impénétrable et, comme tout ce qui sert de point de référence à la quête de K., est investi d’une autorité que personne ne mesure vraiment. Dans cet univers en apparence immuable, même le temps échappe à la compréhension du héros pathétique, dont les repères sont de plus en plus intangibles et fluctuants. Mais K. est-il vraiment à plaindre, lui qui refuse de fuire et persiste à vouloir s’intégrer dans cette logique, insaisissable pour l’étranger comme pour l’autochtone ? Dans ce roman qui, par son travail sur le permanent et le fluctuant, atteint à un équilibre prodigieux entre la claustrophobie et le vertige, Kafka met en scène de manière saisissante la montée progressive de l’angoisse. On comprend alors que Rushdie s’en soit inspiré pour Grimus, réflexion sur la valeur identitaire de l’obsession. »

(source : amazon.fr)

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SOIE, Alessandro Baricco

Petit roman de 114 pages. Decouverte de cet auteur. J’ai plonge dans ces periples, dans cette obscurite, cette lenteur. Le rythme est le meme au Japon et dans son village francais. Je sens encore les souffles du vent, les panneaux de papier de riz, les clair-obscurs des aurores japonaises. Je me sens glisser dans cette langueur orientale du siecle dernier, d’un Japon encore immacule des Occidentaux. Je ne m’ennuie jamais, car tous les mots sont nobles, ils portent tous le poids du sens que leur donne l’auteur. Une aventure litteraire et picturale que je conseille aux lecteurs.

Merci a Gisele pour ce petit ecrin.

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« Plus que le mortel ennui d’une vie répétitive, c’est une indifférence, une absence de résistance à la vie que Baricco suggère en ouvrant son roman par quelques phrases laconiques, purement énonciatives. Au début, Hervé Joncour fait penser à un spectateur repu qui se refuserait à intervenir dans la pièce qui se joue, et qui pourtant parle de lui.

Voyageur en quête d’œufs de vers à soie, il se voit contraint, pour sauver les industriels de son village, d’effectuer une expédition « jusqu’au bout du monde ». Or, en 1861, la fin du monde, c’est un Japon qui sort à peine de son isolationnisme, et, qui plus est, de mauvaise grâce. Et c’est au Japon que la vie du héros prend un tour nouveau en croisant celle d’une femme mystérieuse. »

(source : amazon.fr)

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